En plein opprobre.

En plein opprobre.



Tu vois la flamme au loin ? La vois-tu ? Celle qui diminue !
C'était ton unique chance. La seule. Tu l'as laissée s'essouffler en la contemplant de tes yeux vitreux et débiles.
Tu n'as jamais agi pour la conserver, la protéger, la nourrir. Jamais pour elle, toujours contre.
Tu l'as leguée au sort, tu t'es déchargé de toute responsabilité. Tu es resté passif. Passif.
Maintenant, tu voudrais être plaint ? Tu voudrais qu'on t'aide ? Tu voudrais recevoir des conseils ?
Tu ne mérites rien. Si ce n'est de regarder cette flamme, qui peine encore à brûler, qui se lamente à ta place.


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# Posté le mardi 28 avril 2009 14:52

Chante et espère !

Chante et espère !



L'une des choses qui me fascinent dans ce genre de lieux, c'est la façon trop acquise d'attribuer à l'art noble du sexe, l'essence d'une farce lubrique. L'enchainement des corps ne leur semble n'être qu'un jeu d'orgueil, dirigé par des instincts animaux caché, parfois seulement brouillé par toutes les sortes d'artifices apolloniques - au plus souvent vaines. Est-ce un temple à la déshumanisation ? Si cela est, à quoi bon toutes ces conventions si peu fondatrices ? Cela est étonnamment contradictoire.
Les liens qui semblent être tissés entre les usagers sont eux aussi remplis de lubricité. Ils en débordent même à m'en faire vomir. A quoi bon les contacts physiques, si après ceux-là il n'en reste rien ? Je ne peux pas concevoir d'avoir une si petite affinité et que l'on me touche les épaules. Ou tout autre chose.
J'attends que le lieu devienne clos. Peut-être dans tous les sens du terme - je ne veux pas savoir. Je m'empresse d'aller prendre une bouchée d'air froide. Saine, aussi. Je m'en vais. Je suis content d'avoir supporter cet affront sans alcool. Même si je n'ai rien compris de plus, de moins. Ils restent tous un mystère pour moi. Notamment lorsqu'ils manifestent un quelconque bonheur en érigeant leur vie de cette manière. Je suis égocentrique.


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# Posté le mardi 21 avril 2009 14:36

Modifié le mercredi 22 avril 2009 11:34

Sister Morphine

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# Posté le lundi 20 avril 2009 15:16

Le Banquet - Platon.



[...]
Mais il vous faut d'abord apprendre quelle est la nature humaine et par quelles étapes elle est passée. Car autrefois notre nature n'était pas la même qu'aujourd'hui, elle était différente. Tout d'abord, les genres humains étaient au nombre de trois, alors que maintenant ils ne sont plus que deux, le masculin et le féminin. Il y en avait un troisième, qui participait des deux autres à la fois, et dont il ne reste plus aujourd'hui que le nom, le genre lui-même ayant disparu. A cette époque, en effet, existait l'androgyne, qui par son apparence comme par son nom, participait des deux autres, le masculin et le féminin. Aujourd'hui, il n'existe plus, et il n'est plus qu'un terme péjoratif.
Par ailleurs, chaque être humain avait la forme générale d'une sphère, avec un dos courbe et des flancs bombés, quatre mains et autant de jambes. Ils avaient deux visages, parfaitement identiques, sur un cou tout round, et une tête unique posée sur ces deux visages tournés dans les directions opposées. Ils avaient également quatre oreilles, deux organes génitaux, et tout le reste comme on peut l'imaginer à partir de cette description. Ils avançaient, soit debout dans la direction qu'ils voulaient, comment maintenant, soit, quand ils voulaient aller plus vite, en se déplaçant comme des acrobates qui font la roue puis ramènent leurs jambes en position verticale : comme ils avaient à l'époque huit membres pour prendre appui, ils allaient vite en faisant la roue. Voici pourquoi il y avait trois genres ainsi constitués : au départ le mâle était le fils du soleil, la femelle la fille de la terre, et celui qui participait des deux autres était le fils de la lune, parce que la lune participe de l'un et de l'autre. S'ils avaient une forme et une démarche rondes, c'est parce qu'ils ressemblaient à leurs parents. Cela explique aussi leur force et leur vigueur hors du commun, ainsi que leurs immense orgueil. Ils s'attaquèrent aux dieux et on dit d'eux ce qu'Homère dit d'Éphialte et d'Otos : ils ont entrepris d'escalader le ciel avec l'intention de lutter contre les dieux.
Alors Zeus et les autres dieux délibérèrent pour savoir que faire ; ils ne voyaient pas de solution. car ils ne pouvaient ni les tuer et détruire leur espèce par la foudre, comme ils avaient fait avec les Géants - en faisant cela ils perdraient les honneurs et les offrandes qu'ils recevaient des hommes -, ni tolérer leur impudence. Après de difficiles réflexions, Zeus annonça : "Je crois avoir un moyen de conserver les hommes sans leurs désordres, c'est de les rendre faibles : je vais diviser chacun d'entre eux, et ainsi ils seront à la fois plus faibles et plus lucratifs pour nous puisqu'ils seront plus nombreux. Ils avanceront debout sur deux jambes. S'ils montrent encore des velléités d'impudence et refusent de rester tranquilles, je les diviserai à nouveau en deux et ils avanceront sur une seule jambe, à cloche-pied." Sur ces paroles, il divisa les hommes en deux, comme on coupe les fruits pour les conserver, ou comme on coupe les oeufs avec un cheveu. Quand il en divisait un, il ordonnait à Apollon de lui tourner le visage et la moitié du cou du côté de la coupure afin que, en contemplantsa déchirure l'homme soit plus modeste ; et il lui demandait de guérir le reste. Apollon tournait le visage et tirait la peau tout autour du buste pour la rabattre sur ce que nous appelons maintenant le ventre, comme on fait quand on referme une bourse ; il l'attachait solidement au milieu du ventre en laissant seulement une ouverture, ce que nous appelons nombril. La plupart des autres plus, il les effaçait, il ajustait la poitrine avec un outil semblable à celui des cordonniers quans ils aplanissent les plis du cuir sur la forme, mais il en laissant quelques-uns, ceux qui entourent le ventre lui-même et le nombril, en souvenir de ce qu'ils avaient subi alors.
[...]


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# Posté le dimanche 19 avril 2009 12:24

"..., et Jacques pensait pouvoir tuer son premier crime en tuant Suzanne" E. Zola, UN MARIAGE D'AMOUR. [Travail et inspiration de Thérèse Raquin]



Assis sur ce banc, j'allume mon énième cigarette. Sûrement celle de trop. Ou bien peut-être était-ce la précédente qui l'était. Ou la précédente de la précédente. On verra ça demain, comme les choses les plus importantes et les plus vaines. En face, s'érectent des dizaines de mats. Le port de plaisance est tranquille à cette heure. J'attends de ses nouvelles. La lumière est faible est pourtant trop présente : un seul lampadaire à proximité. La lune est couverte. De nuages ou de brume, je ne sais. Je déglutis ma bière. Je crache ma fumée. J'aime me sentir seul, dans ce genre de situation. Observer. Observer encore. L'esprit m'est aussi apaisé que l'eau. Par moments, une légère brise vient se confronter à ma chair. Un frisson m'envahit. Des épaules à l'échine. Je me sens bien. J'écrase ma potentielle dernière cigarette avec un léger sourire. Le bonheur ou l'alcool, sûrement. J'observe. Je me délecte de cette vision, de cette sensation particulière. Peut-être devrais-je aller voir le groupes de jeunes filles, installées à ma droite. Cela me permettrait d'instaurer à cette vision une ampleur psychologique. Une profondeur humaine. Non. Je ne le ferai pas. J'écouterai seulement leurs rires. Leurs ragots. Leur amitié. D'autres frissons me parcourent, l'alcool ne semble plus me réchauffer. Je déglutis plus vite. J'allume la suivante de la dernière cigarette. Je n'attends plus ses nouvelles. Je me complais dans ce tableau extatique, mais simple. Encore d'autres frissons. Les brises se reproduisent-elles ? Les bateaux produisent des cliquetis métalliques. A chaque frisson, à chaque poil qui s'hérrisse, une onde se propage. Mon portable vibre ; une sonnerie casserait cette harmonie. Ce ne sont pas de ses nouvelles - tant mieux. Je retrouve un message écrit lors d'une autre beuverie. Il me fait sourire.
"Je suis un être espoir. J'attends avec impatience des choses folles qui me tomberaient dessus comme un pur hasard. Je n'ai pas envie de les forcer. Ça n'en serait plus, alors. Le seul problème c'est qu'elles tombent ; mais pas sur moi, comme si j'étais porteur du VIH. C'est assez étrange quand on y pense, puisque je n'en demande pas tant. Mais, ce que je demande, n'est pas forcément donné. Triste ironie du sort. Je connais des gens supérieurement heureux qui voudraient être à ma place. Les pauvres s'ils savaient."
Ma bêtise rend ce moment encore plus doux, plus appréciable. Les choses folles ne font pas tout. Je suis content de l'apprendre ce soir-là.
Mon portable me prévient qu'il est temps que je m'en aille. Ses nouvelles se sont pointées. Je me lève. Déglutis à en finir la bouteille. Regarde rapidement mais avec insistance autour de moi, pour m'imprimer ce monde dans la mémoire. Je jette ma suivante de dernière cigarette et m'en vais. Je ne veux pas partager ma solitude.

"..., et Jacques pensait pouvoir tuer son premier crime en tuant Suzanne" E. Zola, UN MARIAGE D'AMOUR. [Travail et inspiration de  Thérèse Raquin]
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# Posté le lundi 13 avril 2009 10:24

L'écriture automatique, ce n'est pas antibiotique.

L'écriture automatique, ce n'est pas antibiotique.
J'ai la facheuse tendance à écrire sans creuset, ni fondation. Je divague toujours. Je ne sais à quoi cela est dû. Peut-être ai-je un esprit indiscipliné ou hébété. Je ne sais jamais tenir une idée. Ouais. Pourtant, j'sais remplir les vides, les néants et les silences - quand je le veux. Je sais parler de tout et n'importe quoi. De tous les points de vue. Avec plusieurs niveaux de langue. Seulement, éviter de passer du coq à l'âne, de l'âne au coq, c'est de trop pour moi. Je ne sais pas me tenir, ni même mes propos. Je ne sais pas faire les choses selon la règle prescrite ; je cherche et pars toujours dans des extravagances. Ce sont peut-être les seules chez moi.
Je rêve qu'un jour je trouve une argumentation logique pour coucher les mots sur le papier, ou quoi que ce soit d'autre - tant qu'ils sont couchés, je n'en demande pas plus... Que je puisse énoncer un sujet de façon compréhensible par plusieurs personnes. Que mes mes allusions ne soient plus comprises que par moi. Ouais. Ça serait parfait. Utopique, quoi.

# Posté le jeudi 09 avril 2009 16:31

Sans verve, ni vergogne ; sur un air des Beatles, une bière à la main dans un nuage de fumée.



- Non pas comme ça... Dans l'autre sens... Non. L'autre sens... Pas celui-là... Voilà, c'est cela. C'est bon.
- Tu penses vraiment que ça peut fonctionner ? Tu ne penses pas que ça peut nous être risqués ?
- Pourquoi cela le pourrait-il ? Pour qui me prends-tu, jeune fou ! Je connais tes capacités. Je sais tes limites. Je ne pourrais mettre en péril ta délicate chair rosâtre et aigre. Sois-en sûr, si je t'ai proposé d'y participer, c'est que tu es parfait pour ce rôle.
- Mais, as-tu considéré le potentiel de chance que le destin nous frappe hasardement ? Je peux te le dire moi, le destin est fatal. Il ne lésigne pas sur les moyens quand il s'agit de contrecarrer des plans.
- J'ai pris tous les facteurs en compte, je les ai analysés, imaginés, conditionnés, sevrés, semés et tués. Serais-tu en train de perdre ton serpentin marbré ? Si c'est le cas, je te propose bien de m'en charger !
- Ne dis pas de telles sottises ... Je n'arrive pas à décider de me décider. J'ai une sacrée conscience morale. Je ne sais pas si je pourrais la dépasser, la saccager. Tu sais, j'ai tant mis de temps à la construire, qu'il serait peut-être dommage et endommageable de l'étouffer. Je suis un homme, j'ai une conscience moralisatrice progressive. Peux-tu bien comprendre qu'il m'est compliqué de passer outre cette fumisterie sociale ? Je suis confus. Explique-moi, ce que ça me rapporterait de plus ?
- La gloire d'avoir suivi une de mes idées que j'ai longtemps cultivée, dont tu as été l'objet d'inspiration. Tu as l'exclusivité d'inclusion d'un plan exclusif à tout être normalement constitué. C'est une chance et le destin n'y est pour rien. Je suis moi-même ton propre destin. Tu es ce qui m'est nécessaire, ce qu'il me faut, ce qu'il te faut, ce qu'il nous faut. Celui de qui je ne peux détourner mes idées, mes fantasmes, mes songes. Fais donc preuve de docilité. Porte mon envie de concrétiser mon tableau cérébral sur les planches, comme je porte l'insignifiance de la condition humaine sur les tibias. Je te prie de vouloir accepter une fois pour toute. Tu n'as rien à y perdre, sauf l'amour que je te vole et l'orgueil du privilège concupiscent.
- Mais que ferons-nous une fois la chose balancée ? Nous nous en irons, comme tu me l'avais promis ? Je me souviens que tu voulais acheter une ferme. Pas loin d'ici, pour que je puisse suivre mon instruction naturelle de la façon la mieux adaptée. Tu me disais pouvoir faire germer toute sorte d'idée là-bas, que tu pourrais enfin pouvoir déglutiner ces idées fécales. Les réaliser pour les oublier, ne plus y songer. Les concrétiser pour les omettre. Du bonheur tranquille auquel tu conférais tant d'attention ?
- Cela n'a pas d'importance dans cette situation ; seule la chose que je t'ai proposée, en a. Accepte. Je ferai que tes désirs soient jouissifs. Tu es le seul à pouvoir le faire.

Sans verve, ni vergogne ; sur un air des Beatles, une bière à la main dans un nuage de fumée.
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# Posté le jeudi 09 avril 2009 16:18

Alto.






Il semblerait que la mécanique ait retrouvé son humanité, qu'elle soit passée du trou béant à l'érection murale.




Alto.

# Posté le jeudi 02 avril 2009 15:30

Modifié le samedi 04 avril 2009 17:33